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Août 2021, Genève - Des parents suisses de jeunes en questionnement de genre témoignent.

L'AMQG signe une tribune d'opinion dans le Temps

C'est pas leur genre. Quel espace de questionnement pour les ados non conformes?

Depuis une dizaine d’années, on observe une explosion du nombre d’adolescents et de jeunes adultes qui s’identifient au sexe opposé, sans antécédents dans l’enfance, et 70% de ces nouveaux cas sont des filles. Il n’existe à l’heure actuelle que peu de recherches et aucun consensus sur les causes de ce phénomène. Celui-ci intervient dans un contexte où le modèle d’accompagnement dit «trans-affirmatif» est activement promu par les transactivistes auprès des professionnels de la santé, des décideurs et des écoles.

 

Cette approche se fonde sur les recommandations de l’Association mondiale des professionnels pour la santé transgenre (WPATH) qui préconise d’accepter le genre souhaité par le jeune sans diagnostic étendu et de l’aider à se mettre en adéquation avec le sexe désiré dans un processus par étapes: transition sociale (changement de prénom et de pronom), bloqueurs de puberté, hormonothérapie, chirurgie. Elle s’appuie sur le postulat d’un risque de suicide particulièrement élevé chez les jeunes exprimant une dysphorie de genre (soit la souffrance de se sentir en inadéquation avec son sexe biologique). Dans cette perspective, l’introspection n’est pas encouragée et la psychothérapie exploratoire est susceptible d’être assimilée à une thérapie de conversion. L’image véhiculée par les défenseurs de l’approche affirmative est qu’il s’agit d’un modèle pleinement accepté dans la communauté scientifique et thérapeutique. Or, ce n’est pas le cas.

 

Depuis deux ans environ, les voix discordantes sont devenues de plus en plus audibles, dans le monde médical, parmi les parents et certains jeunes concernés et dans les associations LGBT elles-mêmes. On reproche à ce modèle d’accompagnement de ne pas investiguer suffisamment les causes qui pourraient amener aux souffrances psychologiques des jeunes. Il tendrait à considérer le problème sous un seul angle, comme si une facette de la personnalité d’un individu pouvait être isolée des autres, ignorant ainsi la relation complexe entre les traumatismes, l’anxiété ou même les turbulences normales inhérentes à l’adolescence. Plus inquiétant, il favoriserait une médicalisation précoce, invasive et irréversible.

 

L’Association pour une approche mesurée des questionnements de genre chez les jeunes (AMQG) s’est constituée début 2021 autour de parents inquiets de l’accompagnement hâtif de leur enfant vers une transition sociale et médicale. Elle soutient un modèle de prise en charge qui n’oriente pas les jeunes vers un résultat prédéterminé, mais reconnaît la nature fluide et changeante des identités comme une partie intrinsèque de l’adolescence. Elle a d’ailleurs lancé un appel dans ce sens, à signer sur son site internet.

 

«Soyez patient à l’égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrésolu, et tentez d’aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l’instant des réponses, qui ne sauraient vous être données; car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or, il s’agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions. Peut-être en viendrez-vous à vivre peu à peu, sans vous en rendre compte, un jour lointain, l’entrée dans la réponse.»

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

 

L’AMQG est aujourd’hui contactée par un nombre croissant de parents désemparés devant la déclaration soudaine de leur fille ou, plus rarement, de leur fils, d’être «nés dans le mauvais corps».

 

Témoignages:

 

      «Ma fille de 17 ans s’est vu remettre une prescription pour l’ablation des deux seins et un traitement non autorisé en Suisse de testostérones après uniquement deux séances, par un pédopsychiatre. Elle n’a jamais éprouvé d’incongruence de genre et était toujours très féminine. Cette auto-identification a débuté à l’adolescence à la suite d'une rupture. Il y a quatre filles dans sa classe qui proclament être des garçons.»

 

     «Ma fille de 16 ans, fragilisée par le décès de son père, m’a annoncé subitement en février 2020 ne pas être une fille mais un garçon. Elle a été d’accord de commencer une psychothérapie. En septembre, elle a changé d’école et a rencontré un médiateur scolaire qui l’a guidée pour faire un coming out à l’école. Elle m’a demandé l’autorisation de prendre de la testostérone, ce que j’ai refusé. Quelques mois plus tard, elle est allée se plaindre de moi au médiateur de mon refus. Sans m’avoir consultée, celui-ci a fait un rapport au proviseur de l’école, qui a écrit au juge de paix. Ce rapport au juge de paix déclare: «X s’identifie comme un garçon trans. Selon lui, sa mère minimise, voire nie ce sentiment profond qu’il a d’appartenir au genre masculin, ce qui provoque chez lui un fort mal-être. Cette situation empêche la mise en place d’un suivi qui répondrait aux besoins formulés (traitement hormonal, binder, etc.).» […] Ma fille a été placée en foyer le soir même de mon entrevue avec le juge de paix, celui-ci ne remettant pas en cause les accusations du proviseur et demandant à la curatelle de «mettre en place un suivi psychologique adapté à sa situation», alors même qu’un suivi adéquat était en place avec une pédopsychiatre.»

 

     «Nous sommes les parents d’une adolescente qui, trois ans après sa puberté et encore mineure, a dit s’identifier comme un garçon et suit, depuis, une thérapie hormonale de réassignation de genre. Nous avons été atterrés par le décalage entre la promesse d’un traitement sur mesure et le constat que notre enfant a été propulsée dans une machine qui avance à grande vitesse et qui applique une méthode uniforme: l’affirmation de la transsexualité de l’enfant et sa médicalisation la plus rapide possible. Notre enfant a, par exemple, vu un spécialiste pour discuter de la congélation de ses ovocytes. Comment une adolescente peut-elle prendre la mesure d’une telle décision en moins d’un quart d’heure de consultation? Nous nous sommes vu diaboliser parce que nous osions poser des questions sur un traitement lourd, aux conséquences irréversibles. Les médecins et psychiatres ont balayé nos inquiétudes sur le malaise adolescent de notre enfant qui, comme beaucoup de jeunes dans sa situation, a de lourds antécédents dont il n’a pas été tenu compte.»

 

     «Je considère ma fille comme une rescapée. A 16 ans, elle a déclaré qu’elle se sentait être un garçon. Sa transition sociale a été initiée dans le cadre du collège sans que nous, parents, en ayons été informés. Elle a ensuite été rapidement accompagnée sur le chemin vers la transition médicale tant par le service de pédiatrie de l’hôpital que par une association militante, et enfin par le psychiatre qui lui a décerné en quelques séances un certificat médical déclarant qu’elle avait la capacité de discernement pour suivre une hormonothérapie et subir une mastectomie, cela à l’âge de 16 ans. Aujourd’hui, X. qui, il y a encore une année exprimait sans aucun doute la volonté de prendre des hormones, a décidé de temporiser. Si elle/il préfère être genré·e au masculin, elle/il semble s’être libéré·e de l’obsession de conformer son corps à son genre ressenti, et a compris que son mal-être avait peut-être des causes plus larges que la seule dysphorie de genre.»

 

La reconnaissance croissante des risques des traitements médicaux (ostéoporose, perte de la fertilité et de la pleine fonction sexuelle, risque accru de cancers, de thromboses et d’AVC, entre autres) pratiqués sur des adolescents – dont beaucoup présentent par ailleurs des comorbidités et souvent une homophobie internalisée – a récemment conduit à une reconsidération du protocole d’accompagnement dans des pays pourtant très libéraux en matière de droits des personnes LGBT (Finlande, Angleterre, Suède). Un large consensus d’experts admet aujourd’hui que des questions essentielles comme les raisons de l’afflux de jeunes se réclamant de l’autre sexe, la corrélation entre dysphorie de genre et suicidalité (qui conduit à mettre au second plan le principe de précaution), ainsi que le rapport risque/bénéfice des traitements médicaux doivent faire l’objet d’études plus étayées et sur le long terme avant toute poursuite des pratiques actuelles.

 

La Suisse – où l’OFSP, les médecins «spécialistes» et la plupart des décideurs continuent à ignorer les controverses et à se référer à des études qui datent et dont la validité est mise en cause – ferait bien de revoir sa copie sous peine d’être rattrapée par ce qui, selon certains, constituera l’un des grands scandales médicaux de ce début du XXIe siècle.

Isabelle Ferrari & Stéphane Mitchell, co.fondatrices de l'AMQG

> PDF de l'opinion dans Le Temps du 20 août 2021